Maison-Blanche : les 5 enseignements de Sean Spicer

881731f0-205a-46af-aa83-e24523c47d2f_640x440.jpg

Depuis 1977, tous les porte-parole de la Maison-Blanche qui prennent possession de leur bureau trouvent la même chose au fond de leur placard : une veste pare-balle. Sinistre cadeau s’il en est un, ce clin d’œil de la part de leur prédécesseur est tout de même assez représentatif du champ de tir que devra affronter quotidiennement l’attaché de presse du nouveau président.

En accédant au poste de porte-parole de l’administration Trump, Sean Spicer a fait l’envie de la majorité des communicateurs politiques aux États-Unis. Il se trouve pourtant dans une situation tout à fait unique, celle de représenter un président narcissique, impulsif et imprévisible. Spicer doit désormais défendre et nuancer quotidiennement les faits et gestes d’un président qui s’exprime à toute heure du jour sur Twitter, sans consulter son équipe et sans ménager ses alliés ni ses ennemis.

Sean Spicer n’entretient certainement pas une relation traditionnelle avec les correspondants politiques à Washington. On se souviendra longtemps des « faits alternatifs » présentés lors de son tout premier point de presse. Plus récemment, on apprenait que plusieurs médias importants ont été exclus de la rencontre d’information quotidienne du 24 février dernier. Cette attaque en règle contre The New York Times, CNN, Politico et quelques autres s’inscrivent directement dans la foulée d’un discours du président devant la Conservative Political Action Conference et au cours duquel il accusait à nouveau ses détracteurs de diffuser des informations mensongères ou « fake news ».

Cet affront inédit envers le droit du public à l’information n’est pas resté sans réponse. Le soir même, un éditorial du NYT pointait sans retenue le manque d’expérience de l’entourage du président comme explication à ses bévues. Une équipe plus ferrée aurait probablement convaincu le président de nuancer ses propos et réussi à ménager les relations essentielles que la Maison-Blanche doit impérativement entretenir avec la presse.


QUE PEUT-ON APPRENDRE DE SEAN SPICER?


LA PREMIÈRE IMPRESSION CADRE TOUTE LA DISCUSSION

Dès les premiers points de presse qu’il a dirigés à la Maison-Blanche, Sean Spicer s’est montré arrogant et virulent envers les journalistes. Malgré le ton badin qu’il tente d’adopter depuis, ce sont certainement ces premiers traits de caractère qui le caractériseront à l’avenir et qui continueront de faire les choux gras des humoristes comme ceux de Saturday Night Live.


IL FAUT DÉTENIR L’INFORMATION DE PREMIÈRE MAIN

En affirmant puis en répétant sans nuance que l’inauguration du président Trump était celle à laquelle avait assisté « le plus grand auditoire, point » et en accusant les médias d’avoir délibérément recadré les images de l’événement pour démontrer le contraire, Spicer a projeté l’image d’un homme qui n’avait pas validé les faits qu’il présentait aux médias. Une recherche simple lui aurait évité de commencer son mandat sur la défensive.


IL FAUT RÉSISTER À LA TENTATION DE « SE FAIRE PLAISIR »

Quelle que soit l’organisation pour laquelle on doit communiquer, on apprend rapidement que l’agressivité et l’animosité ne mènent à rien. Les propos accusateurs et le ton acrimonieux du président Trump et de Sean Spicer semblent très libérateurs pour ces deux personnages, mais ils n’améliorent en rien l’image que le monde entier se fait d’eux, au contraire. Ils auraient tous deux avantage à cultiver un lien de confiance et de respect mutuel avec les journalistes.


LES CRITIQUES DES ALLIÉS SONT PIRES QUE CELLES DES ADVERSAIRES

À court ou à long terme, Sean Spicer devra ajuster son message et son attitude s’il veut conserver son poste. Les événements du 24 février n’ont rien fait pour calmer les journalistes et les prochains jours seront des plus intéressants pour quiconque s’intéresse à la politique et à la liberté de presse. Fait intéressant, l’ancien candidat républicain à la présidence et actuel sénateur de l’Arizona, John McCain, déclarait le 20 février dernier sur les ondes de CNN que « quand on regarde l’histoire, la première chose que font les dictateurs c’est de museler la presse. »

Si Sean Spicer n’a pas besoin d’un véritable gilet pare-balle, parions qu’il y songera à deux fois avant d’entrer à nouveau dans la salle de presse de la Maison-Blanche sans disposer d’au moins une déclaration pare-balle…

Partagez cet article